Les épisodes successifs de canicule et de sécheresse constituent aujourd’hui une menace majeure pour les jeunes arbres. Durant leurs premières années de vie, leur système racinaire n’est pas encore suffisamment développé pour explorer efficacement le sol et y puiser l’eau nécessaire à leur croissance. Les fortes chaleurs provoquent alors un double stress : thermique et hydrique. Sans apport d’eau, les pertes peuvent être considérables.
En novembre 2018, nous avons planté 400 pommiers haute-tige sur deux parcelles de sol argilo-calcaire. Dès juillet 2019, plusieurs journées ont enregistré des températures supérieures à 35 °C.
Sur la parcelle la plus exposée au soleil, les arbres ont reçu un apport d’environ 80 litres d’eau chacun. Sur la seconde parcelle, aucun arrosage n’a été réalisé. Pourtant, cette dernière semblait moins vulnérable, étant située en lisière de forêt avec une exposition nord-est.
Le résultat a été sans appel : près de 30 % des arbres non arrosés sont morts à la suite d’un décollement du cambium. Au-delà de la perte financière, c’est également tout le travail de plantation qui a dû être recommencé.
En 2019, nous avons procédé à une nouvelle plantation de 800 arbres sur un sol sablo-argilo-limoneux. L’année suivante, la région Grand Est a connu une sécheresse printanière particulièrement marquée, suivie de nouvelles périodes de fortes chaleurs en juillet et en août.
Cette fois, nous avons anticipé le risque en apportant de l’eau à plusieurs reprises dès le mois d’avril, à l’aide d’un tonneau à lisier. Les arbres plantés en 2018 ont également bénéficié de ces apports.
Grâce à cette stratégie, la quasi-totalité des arbres a survécu.
Dans un précédent bulletin, nous vous présentions la plantation de 231 fruitiers réalisée en novembre 2025 sur la commune meusienne d’Avocourt.
L’année 2026 confirme malheureusement l’accélération des phénomènes climatiques extrêmes : mois d’avril très sec, première vague de chaleur dès le 22 mai, puis une seconde en juin. Ces conditions mettent à rude épreuve nos jeunes arbres… mais aussi nos bénévoles.
Fort de nos expériences précédentes, nous avions installé dans chaque trou de plantation un morceau de drain affleurant légèrement à la surface. Ce dispositif permet d’intervenir rapidement durant les deux ou trois premières années en cas de sécheresse.
Nous avions également incorporé une quantité importante de digestat sec issu de la méthanisation autour des racines et en surface afin de favoriser la rétention d’humidité.
Malgré ces précautions, plusieurs arbres ont commencé à montrer des signes de stress dès la fin avril.
Depuis lors, le maire de la commune, agriculteur retraité, a déjà réalisé trois campagnes d’arrosage à partir d’une citerne de 10 000 litres. L’eau est injectée directement dans chaque drain à l’aide d’un flexible. Deux de nos membres l’ont accompagné lors de la troisième intervention.
En seulement deux minutes, environ 80 litres d’eau sont apportés à chaque arbre. Cependant, sur certains secteurs, le sol très argileux s’est fissuré en profondeur, créant de véritables crevasses qui absorbent rapidement l’eau.
Un quatrième arrosage est prévu fin juin, et d’autres interventions seront probablement nécessaires au cours de l’été si les conditions actuelles persistent.
Que l’on adhère ou non aux analyses climatiques actuelles, le constat de terrain est indiscutable : les épisodes de sécheresse et de chaleur extrême se multiplient et compliquent considérablement la réussite des plantations.





Les projections climatiques annoncent une hausse importante des températures au cours du siècle. Nous observons déjà aujourd’hui les conséquences d’un réchauffement global relativement limité à l’échelle historique. La question n’est donc plus de savoir si nous devons nous adapter, mais comment.
Quel avenir pour nos arbres, nos forêts, nos paysages et notre agriculture face à ces bouleversements ?
Planter des arbres fruitiers reste essentiel. Mais comment assurer leur survie lorsque les températures dépassent régulièrement les seuils que nous connaissions autrefois ? Comment accompagner leur développement tant que leur système racinaire n’a pas atteint les profondeurs du sol, en particulier pour les fruitiers haute-tige greffés sur franc, et plus encore pour ceux greffés sur des porte-greffes moins vigoureux ?
Privilégier les anciennes variétés et les arbres greffés sur francs de pied.
Lors de la plantation, supprimer toutes les jeunes pousses à l’exception de la pousse centrale afin de rééquilibrer le rapport entre le houppier et un système racinaire fortement réduit lors de l’arrachage en pépinière.
Utiliser autour des racines une terre fine et de bonne qualité, enrichie de compost, terreau ou digestat sec. Sur les sols très argileux, réserver ces amendements à la surface afin d’éviter une mauvaise reprise racinaire.
Installer un paillage épais de BRF ou de compost sur environ un mètre carré autour du pied, avec une épaisseur minimale de 10 cm.
Planter en novembre, ou au plus tard en décembre. Les jeunes racines auront ainsi le temps de se développer durant l’hiver et l’arbre sera mieux préparé à affronter une sécheresse printanière. Comme le dit le proverbe : « À la Sainte-Catherine, tout arbre prend racine. »
Placer un drain vertical dans le trou de plantation (40 cm suffisent) afin de pouvoir arroser directement au niveau des racines. Sur un sol sec et compacté, l’arrosage en surface est souvent peu efficace.
Badigeonner les troncs avec un lait de chaux afin d’améliorer la réflexion du rayonnement solaire et de limiter l’échauffement. En été, retirer également les protections gibier en PVC noir, qui peuvent accentuer la montée en température du tronc.
Renouveler les apports de compost ou de BRF au cours de la deuxième année.
Ces recommandations sont issues de notre propre expérience de terrain, mais elles ne constituent certainement pas des solutions universelles. Certaines techniques sont parfaitement adaptées à un jardin particulier, mais deviennent difficiles à mettre en œuvre sur des plantations de plusieurs centaines d’arbres.
Avez-vous expérimenté d’autres méthodes pour améliorer la résistance des jeunes arbres aux sécheresses et aux fortes chaleurs ? N’hésitez pas à partager vos retours d’expérience. Face à l’évolution rapide des conditions climatiques, l’échange de connaissances et l’amélioration continue de nos pratiques deviennent essentiels.
Thierry Heins
Avec le soutient de