Actualités

Haies : le paradoxe plastique qui dérange

Interdire la bâche plastique au nom de l’environnement… tout en autorisant des milliers de protections plastiques qui finiront en micro-déchets : et si le vrai problème n’était pas là où l’on croit ?

 La plantation de haies suscite aujourd’hui un débat sensible : faut-il bannir totalement le plastique ?

Sur le principe, la réponse semble évidente. Nous n’aimons pas particulièrement le plastique dont on connaît les conséquences néfastes sur l’environnement, surtout quand son usage est totalement débridé. Pourtant, la réalité du terrain invite à nuancer.

Pour garantir la réussite d’une haie, une condition est incontournable : limiter la concurrence des adventices pendant au moins trois ans. Plusieurs solutions existent. Le paillage en paille ou en BRF (Bois Raméal Fragmenté) est souvent privilégié pour son caractère naturel et bénéfique pour le sol. Mais ces méthodes demandent un suivi exigeant : renouvellement régulier, gestion des adventices, disponibilité des matériaux, sans oublier les risques liés aux rongeurs.

À l’opposé, le paillage par film plastique agricole – film plastique noir 80 microns spécial vigne – offre une efficacité redoutable : aucune repousse d’herbe, conservation de l’humidité, gain de temps considérable. C’est une technique éprouvée sur le terrain, notamment dans les projets agricoles de grande ampleur, où l’enjeu n’est pas seulement de planter… mais de garantir la survie et la croissance des haies sur plusieurs années. C’est la technique préconisée par D. Soltner, agronome bien connu dans le milieu agricole, après des années d’essais et d’observations (A ce propos, nous convions les porteurs de projets et organismes à consulter les ouvrages „Planter des haies“ et „L’arbre et la haie“ publiés par cet agronome dès les années 70-80 et qui sont une véritable référence sur le sujet).

Car planter une haie ne se joue pas à l’année 1, mais sur les 4 à 5 années suivantes.

Nous avons suivi des chantiers de plantation avec un paillage plus « sain » pour la planète : les bandes en chanvre-lin, laine de mouton, jute, paille et BRF. Rien à dire la première année, à part peut-être un coût très largement supérieur au plastique et un ancrage au sol parfois douteux en cas de rafales de vent. Par contre, nous avons remarqué, dès la seconde saison, une efficacité moins bonne qui devient presqu’inexistante la troisième année. La concurrence des adventices, notamment des graminées devient un gros problème pour la croissance des plants, les graminées pompant beaucoup d’eau. D’où une mortalité importante en cas de sécheresse.

Il conviendrait alors de recharger le paillage dès le mois d’avril, mais quand on connaît le planning d’activités des agriculteurs à cette période jusqu’à la moisson et l’accessibilité des plantations dans les fermes de polyculture, cette opération est parfois inenvisageable. Jusqu’à maintenant, la plupart des haies réalisées dans le milieu agricole avec des matériaux biodégradables ont disparu ou sont réduites à quelques plants maigrelets qui ne ressemblent à rien.

Et c’est ici que le débat devient profondément paradoxal.

  • Aujourd’hui, de nombreux dispositifs d’aide interdisent l’usage de bâches plastiques pour le paillage.

  • Mais dans le même temps, ils autorisent — et financent — l’installation de protections plastiques individuelles (manchons, gaines).

Ces protections, pourtant, restent en place plusieurs années, se dégradent lentement et génèrent des microparticules plastiques dans les sols… souvent sans être récupérées. En replantation forestière, ce sont des centaines de milliers de protections de ce type qui sont utilisées pour protéger les jeunes plants.

Autrement dit :

  • un plastique fin, continu, parfois récupérable, est interdit

  • des centaines de petits plastiques dispersés, voués à se fragmenter, sont autorisés

Difficile de ne pas y voir une incohérence.

Sur le terrain, les alternatives biodégradables (chanvre, jute, laine, etc.) montrent leurs limites : coût élevé, tenue aléatoire, efficacité décroissante dès la deuxième année. Résultat : concurrence accrue des graminées, stress hydrique, mortalité des plants.

Et dans un contexte où l’on arrache encore massivement des haies, peut-on se permettre des échecs ?

Le choix du plastique n’est donc pas idéologique. Il est pragmatique. Il s’impose surtout dans les projets ambitieux, où l’objectif est clair : réussir durablement la plantation.

Cela ne signifie pas renoncer à toute exigence environnementale. Des pistes existent :

  • limiter l’usage aux projets de grande échelle

  • retirer partiellement les bâches après quelques années

  • densifier et diversifier les plantations pour éviter les protections plastiques individuelles, le coût de la protection individuelle accompagnée de deux petits tuteurs pour la maintenir est supérieur au coût du plant. D’autant plus que les chevreuils et lapins ne s’attaquent pas à toutes les espèces. Le diversification des plants est donc un facteur de réussite. Limiter les protections individuelles aux espèces de haut jets à plus grande valeur (tilleul, cormier, chêne sessile, érable…) en privilégiant le grillage à poule ou les protections en jute ou bambou

Car au fond, la vraie question n’est peut-être pas « plastique ou pas plastique ? »

Mais plutôt :

  • Quel usage du plastique est réellement le moins impactant à long terme ?

Dans l’urgence de replanter des haies, refuser toute nuance pourrait conduire à l’effet inverse de celui recherché : moins de haies… et donc moins de biodiversité.

Ces propositions se fondent sur notre retour d’expérience, à savoir plus de 400 km de haies replantées dans la Marne et dans le Nord Meusien.

Thierry Heins/François Schenini