Ce mercredi 15 avril 2026, une quinzaine d’agriculteurs du nord meusien, engagés en polyculture-élevage et certifiés bio, se sont rendus en Belgique, dans la région de Ciney, à la rencontre de producteurs ayant massivement investi dans la replantation de vergers traditionnels.
Ces « écovergers », qui associent arbres fruitiers et prairies — ou cultures et fruitiers dans une logique d’agroforesterie — constituent une alternative aux vergers intensifs modernes. Ils permettent de produire des fruits sains, sans traitement, tout en répondant aux enjeux du dérèglement climatique. Véritables puits de carbone, ils représentent aussi un patrimoine économique durable pour les exploitations et les générations futures.
Les arbres plantés sont issus d’anciennes variétés paysannes, sélectionnées pour leur résistance naturelle aux maladies. Greffés sur des porte-greffes vigoureux, ils se distinguent par leur longévité : un pommier peut vivre de 80 à 100 ans, un poirier jusqu’à 150 ans.
Depuis une quinzaine d’années, plusieurs centaines d’hectares ont ainsi été replantés en Belgique. Cette dynamique est accompagnée par la coopérative Reinette & Co et l’association Diversifruits, qui soutiennent les agriculteurs tant sur le plan technique que pour la valorisation des productions. Selon les variétés, les fruits sont destinés à la consommation directe ou à la transformation (jus, cidre, compotes, sirops, fruits séchés…).
Les producteurs belges ont également développé une certification spécifique, « Vergers Vivants », plus exigeante que le label bio. Si l’agriculture biologique interdit les pesticides de synthèse et les engrais chimiques, ce label va plus loin en imposant la création active de biodiversité : haies, bandes fleuries, habitats pour la faune, zones laissées à l’état sauvage… Il proscrit également certains traitements autorisés en bio. Les analyses réalisées sur les fruits et produits transformés confirment l’absence de résidus, garantissant au consommateur des produits parfaitement sains.
Au cours de leur visite, les agriculteurs meusiens ont découvert trois vergers ainsi qu’un système agroforestier associant cultures et arbres fruitiers. Les échanges ont porté en grande partie sur les débouchés et la structuration de la filière. En 2025, la coopérative belge a commercialisé 40 tonnes de fruits de table (pommes, poires, prunes), produit ses premières compotes et sirops, ainsi que 80 000 litres de jus.
La production reste encore limitée, car ces vergers, composés d’arbres haute tige, nécessitent du temps pour entrer en pleine production : une quinzaine d’années est souvent nécessaire. Mais cette attente est le corollaire de leur exceptionnelle longévité. À l’horizon 2030, la coopérative vise une production de 1 000 tonnes de fruits.
En Meuse, une dynamique similaire a vu le jour entre 2018 et 2021, avec la plantation de 25 hectares de vergers traditionnels sur les secteurs de Breux et Bréhéville. À l’origine de cette initiative, Thierry Heins, présent lors de la visite en Belgique, a depuis rejoint la coopérative Reinette & Co comme producteur.
Reste un obstacle majeur : l’investissement initial. Planter un tel verger représente un coût compris entre 7 500 et 15 000 euros par hectare, auquel s’ajoutent les frais d’entretien pendant les années sans production. Sans soutien public, ces projets sont difficiles à engager, en particulier pour des exploitations déjà soumises à des contraintes économiques fortes.
La Région Grand Est propose bien un dispositif d’aide à la plantation et à la rénovation des vergers. Mais depuis 2025, les critères ont été durcis, excluant de fait les vergers traditionnels en dessous de 500 arbres par hectare. Une orientation qui suscite des interrogations. La vice-présidente de la Région en charge de l’agriculture, Béatrice Moreau, a été sollicitée sur ce point.
Car une fois en production, ces vergers offrent des perspectives durables : des revenus réguliers pendant plusieurs décennies, des bénéfices agronomiques et environnementaux, et une offre de fruits véritablement sains pour les consommateurs. Dans ce contexte, le soutien public apparaît comme un levier essentiel pour accompagner ces projets vertueux, en compensant le décalage entre l’investissement initial et la rentabilité à long terme.
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